Entrevue avec Tom Frager
Mardi 07 février, 2012 à 12:00 Greg Culture, Interviews, Musique, We love That 1
Tags: Afrique, Dakar, interview, Musique, Quiksilver, Sénégal, surf, Tom Frager

Récemment, nous avons appris que Tom Frager et une partie de la team surf Quiksilver était au Sénégal pour quelques jours, ça tombe bien, nous sommes deux de la team d’I Love That à prendre le soleil Sénégalais. On saute sur l’occasion et nous organisons une rencontre avec le surfer chanteur qui accepte avec plaisir de nous rencontrer et faire quelques photos. Le rendez-vous est fixé sur la plage de N’Gor, un quartier de Dakar face à l’île du même nom, célèbre pour sa droite tant appréciée des surfers.

Salut Tom, plutôt curieux de se croiser ici à Dakar, expliques-nous ce que que tu fais dans le coin !
Je suis venu parce que Quiksilver à créé la Fondation Quiksilver qui a différents projets dans l’humanitaire et l’écologie et ils m’ont proposés d’être ambassadeur d’un de leur projet sur le territoire Sénégalais, en Casamance, avec Stephanie Gilmore et Alain Riou. J’ai accepté direct car je suis né au Sénégal, à Dakar, donc il y avait déjà un côté affectif avec ce pays et puis je n’étais pas revenu depuis 10 ans! C’était donc l’occasion de revoir le pays, de retrouver des amis Sénégalais et surtout participer à cette mission en Casamance, où on est allé dans un petit village pour planter des plantes médicinales et des arbres fruitiers en les aidant à structurer leur vie au quotidien.
Ça fait du bien de pouvoir s’évader sur des trips un peu plus authentiques, proches des populations comme celui-là et de couper un peu avec l’univers de la musique et du showbiz qui va avec.
Comment s’est passé le trip au Sénégal ?
Super bien ! On pensait qu’on aurait pu surfer mais finalement on a pas eu trop de vagues. De toute façon on avait pas forcement toujours le temps et ce n’était pas le but de cette mission. Tant mieux dans un sens car ça change du Surf Trip classique où tu ne fais que surfer en pensant qu’à ta gueule. Ici, c’était plus un trip à la rencontre des gens, quelque chose d’humain, c’était génial ! Je ne connaissais pas la Casamance en plus donc c’était une occasion de découvrir cette magnifique région.

Donc tu n’as pas pu surfer au final ?
Non pas du tout ! On a pas vraiment eu le temps ni les conditions pour en profiter et il se trouve que je me suis fais une petite entorse donc ce n’était pas plus mal de lever un peu le pied et laisser passer. J’avais pourtant emmené quelques planches au cas où et si il y avait eu quelques belles vagues à Ouakam, j’y serais allé.
On connait tous Tom Frager le chanteur mais qui est Tom le surfer ?
J’ai appris à surfer quand j’étais tout gamin, j’ai toujours été passionné par ce sport et cette façon de vivr.e J’ai fais beaucoup de compétitions pendant 10 ans en équipe de France junior aux côtés de Micky Picon et Patrick Beven et on se tirait pas mal la bourre. J’ai finalement lâché peu à peu la compétition car je n’ai jamais eu envie d’abandonner mes études et je jouais déjà de la musique à l’époque sans savoir que j’en ferais un métier. Quand j’ai terminé ma Fac de sport en Guadeloupe, je me suis inscrit dans une école de musique à Bordeaux, juste pour voir en fait, par curiosité. Je m’étais donné un an pour approfondir ce qui n’était qu’une passion et ça a été un déclic dans ma vie. J’ai rencontré plein de musiciens qui m’ont un peu poussé dans cette voie et aidé à prendre confiance en moi, ils ont commencé à m’accompagner. J’en ai été le premier étonné et c’est là que je réalisé que ce que je faisais avait finalement un sens.
Donc tout s’est rapidement enchainé jusque sous les projecteurs ?
Pas si rapidement que ça en réalité, j’ai tourné pendant 8 ans avec le groupe Gwayav’ qui m’accompagne qui sont des potes de cette école de musique. Au début, on était 4 et on a tourné autour d’Hossegor comme ça pendant des années. On a fait entre 400 et 500 concerts dans les bars de la région, les cafés concerts, les compétitions de surf, quelques festivals de reggae et des tremplins. A force, on a commencé à se faire connaître, puis mes chansons ont accompagné des vidéos de surf comme les Caribbean Riddim d’Ugo Benghozi. Le milieu du surf s’est intéressé à ma musique et de fil en aiguille on a commencé à parler de moi jusqu’à ce que je me décide à faire un album sur lequel je considère l’aspect plus populaire de la musique pour justement essayer de toucher plus de monde et me faire connaître, passer à la radio, en mettant un peu de côté ce que je faisais de plus alternatif. La musique populaire n’est pas forcement mon truc mais je me suis dis que j’allais essayer de glisser 2 ou 3 titres un peu plus faciles dans cet album (Better Days) pour le public et ça a donné “Lady Melody”, un titre aux couleurs reggae mais plus accessible pour le public. C’est là que tout à explosé, j’ai signé avec une maison de disque, Universal, tout en restant indépendant car avec le groupe, on a toujours souhaité produire nous-mêmes notre musique et notre son, tout en gardant une certaine liberté.
Crois-tu que le surf et la musique soient liés ?
Je pense que c’est pas par hasard qu’il y a beaucoup de surfers qui font de la musique, tu vois, comme Donavon Frankenreiter, Jack Johnson, Tom Curren, Lee Ann aussi, la fille de Tom avec qui j’ai déjà chanté… J’ai le sentiment qu’il y a une certaine fluidité dans l’un comme dans l’autre. De la bonne musique pour moi, c’est de la musique qui est fluide. Que ce soit du reggae, de la soul ou ce que tu veux, il y a une espèce de vibration hyper importante. La musique et le surf se complètent super bien en fait, car de son côté, le surf est un sport individuel, t’es tout seul sur ta planche et la musique est quelque chose qui se partage. Il y a une dimension collective dans la musique que tu ne retrouves pas en surf qui est un sport que je trouve finalement assez égoïste. La musique est tout l’inverse pour moi. La musique permet également de créer, de passer un message, de dire des choses et sans réinventer la musique, aujourd’hui car tout ou presque a déjà été fait, tu apportes une petite touche personnelle dans ce monde. Le surf est une échappatoire. J’en ai besoin pour me ressourcer, décompresser des tournées et des studios. Je m’éclate quand je vais surfer avec mon frangin et la musique, pour la “mission” de dire des choses qui me tiennent à coeur et faire passer des messages.

Quelles sont tes sources d’inspirations dans la vie ?
Tout en fait ! Y’a des choses à dire dans presque tout en réalité. Je pourrais très bien écrire une chanson sur ma paire de chaussures par exemple!! Je vais me dire “tiens je vais faire une chanson marrante sur mes grolles”, ou alors sur des sujets beaucoup plus profonds comme le respect entre les peuples, la tolérance, l’amour, c’est inévitable, l’amour parle à tout le monde. C’est la vie en général qui m’inspire. La vie est une source d’inspiration inépuisable et si tu arrives à ouvrir les yeux et que tu vois tout ce qui se passe autour, tu t’aperçois que c’est infini, qu’il y a aucune limite. Aussi bien dans le positif que dans le négatif malheureusement !
Il y a des chansons qui sont faites pour dire des choses et des chansons qui sont là pour te mettre cool dans ta caisse. La musique est quelque chose de tellement universel que tu n’as pas forcement besoin de comprendre ce qui se dit pour que ça te procure une émotion !
En fait, je crois que je suis comme une éponge, j’absorbe tout ce qui m’entoure et ça ressort dans ma musique.
Qu’est ce qu’une journée avec Tom Frager ?
Malheureusement depuis quelques temps, la journée type se termine assez tard et commence pas toujours très tôt, parce qu’avec le rythme des tournées et des concerts où tu changes chaque jour de ville, c’est assez hardcore, intense comme journée. On est sur la route tout le temps, c’est beaucoup d’interviews, de médias, de plateaux de tv, de radios… donc oui, j’ai très peu de temps pour moi et pour des choses qui me font vraiment du bien comme aller surfer, composer, ce qui prends pas mal de temps et qui nécessite le besoin de se poser pour écrire dans de bonnes conditions.
D’une année à l’autre, les journées sont différentes. En 2009, j’ai sorti l’album “Better Days” et 2010, j’ai fais 90 concerts en France, dans tous les DOM-TOM, en Côte d’Ivoire où j’ai rencontré Tiken Jah Fakoly, qui est venu chanter sur le nouvel album avec moi. En 2011, je suis retourné en studio pour passer tout l’hiver à écrire et enregistrer et en 2012, on prépare la sortie du nouvel album et on enchaîne sur les tournées à partir de Septembre après quelques festivals d’été. Mais dès que je vois que j’ai deux ou trois semaines de libre, je me barre en Guadeloupe où j’ai toujours ma mère et ma soeur. Je coupe tout et je me casse surfer et me ressourcer car je sais très bien qu’après, tout va repartir à fond quand je rentrerais !

Et la journée idéale pour toi ?
Ça serait de surfer le matin devant la maison à Capbreton vers La Piste quand c’est bien offshore. Parfait! Je peux aller surfer à pieds de chez moi. J’adore prendre ma planche, passer les dunes et aller surfer devant et revenir à la maison après ! J’ai l’impression de faire un mini voyage à chaque fois et même si il n’y a pas toujours les meilleures vagues du monde. C’est la maison, le spot dans le jardin. Et ça, j’adore ! Sinon, si je devais choisir d’autres spots, je pense que je dirais les Mentawaii, l’Indonésie en général, j’adore les vagues de reef et comme j’ai grandit en Guadeloupe, j’ai toujours été habitué à surfer les vagues de récifs et j’aime les vagues qui tubent sur le reef. Une gauche de préférence vu que je suis goofie !
Quelles activités en plus en dehors de la musique et du surf ?
Euuuh… Ma meuf ! Ça prend du temps ! (Rires). En fait, j’ai tellement peu de temps que du coup j’essaye de passer du temps avec ma famille dès que je peux, ou avec les potes. Sinon je joue un peu au tennis, j’aime bien aller faire un foot de temps en temps, j’ai fais un peu de skate à un moment donné… Mater des bons films aussi, posé tranquille, j’adore le cinéma… Je lis aussi pas mal, je suis à fond dans les San-Antonio en ce moment, des polars de Frédéric Dard en argo et je suis tellement accro que je crois que j’en ai lu une centaines en 3 ou 4 ans ! Sinon j’écoute pas mal de musique, les artistes qui m’influencent vraiment genre Ben Haper, Nora Jones, du reggae Jamaïcain, un peu de soul, du métal… J’écoute vraiment de tout en fait ! Par contre, je ne suis pas hyper branché électro, je préfère la musique plus acoustique en général !

Quels sont tes meilleurs souvenirs de trip ?
La Côte d’Ivoire. On est allé y jouer l’année dernière avant les émeutes et tous les problèmes que le pays a subit depuis. C’était fantastique . C’était aussi ma rencontre avec Tiken Jah, qui a ensuite accepté de venir chanter sur mon album pour partager un morceau. Sinon d’un point de vue surf, j’ai beaucoup aimé Sumatra il y a trois ans avec mon frangin et des potes de Guadeloupe. On a eu des vagues fantastiques, c’était incroyable ! C’était les plus belles vagues de ma vie, ça c’est sur ! J’ai de bons souvenirs en Guadeloupe aussi car c’est là où j’ai grandi, c’est là que sont mes racines !
Est ce que tu es tombé dans le piège de devenir un peu geek, à trainer tout le temps sur le net et les réseaux sociaux ou le smartphone greffé à la main ?
Le téléphone dans la main, c’est vrai, beaucoup même mais c’est plus lié au boulot. Je travaille avec beaucoup de gens. On est 11 sur scène, les techniciens qui m’entourent, le manager, donc beaucoup de coup de fils mais j’essaye justement de canaliser tout ça ! Je passe un peu de temps sur internet, comme tout le monde mais sinon, je ne suis pas vraiment fan des réseaux sociaux, j’y vais de temps en temps pour poster un petit truc sur Twitter ou mettre un mot sur Facebook, remercier les gens qui s’occupent du forum… Mais en général, il y a des gens qui s’en occupent et m’aide dans cette démarche. Je ne suis pas un fan de l’ordi en général, ça me prend vite la tête ! Je ne joue pas à la console ou ce genre de chose, je préfère être dehors. Quand je rentre chez moi, si je me retrouve devant un écran, c’est plus pour me regarder un bon film ! J’ai réussi à ne pas tomber dans le piège (Rires).
Pour finir, que peut-on te souhaiter pour 2012 ? La sortie d’un album déjà ?
Oui voilà, l’album qui sort le 23 Avril prochain, il s’appelle “Carnet de route” dans lequel vous retrouverez 12 titres dont un duo avec Tiken Jah Fakoly et un duo avec un chanteur du Togo qui s’appelle Amen Viana qui est également le guitariste de Keziah Jones, un artiste très doué ! J’espère que les gens vont se retrouver dans cet album et selon moi, c’est un album beaucoup plus mûr que le précédent. J’ai beaucoup appris avec les tournées à jouer sur scène et on a travaillé différement, mieux produit.

















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